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Portrait d'alumni : Mélanie Bourlet, responsable des enseignements sur l'Environnement

Parcours d'alumni

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17/07/2019

Mélanie Bourlet est alumna de l'Inalco (Peul 1999, études africaines 2002), elle est directrice adjointe du département Afrique de l'Inalco, chercheuse dans l’unité de recherche conjointe de l'Inalco et du CNRS Langage, Langues et Cultures d'Afrique (LLACAN), responsable du projet ANR/Ville de Paris EcoSen (2018-2021) « Pour une analyse écopoétique des littératures du fleuve Sénégal » et co-responsable du parcours transversal « Environnement » à l'Inalco.


Formation initiale

Mélanie Bourlet a commencé sa formation par des études d'histoire à l’université Paris-Sorbonne (Paris-IV). Elle a ensuite suivi en parallèle des études de langue à l'Inalco en commençant par l'hindi en 1994, puis y a ajouté le wolof et le peul en 1995. De la maîtrise au doctorat, elle s'est particulièrement consacré à la littérature (orale et écrite) en pulaar.

A côté de cela, elle a fait un DESS (master pro) en anthropologie du développement spécialité relations formation-emploi, à l'Institut d'études pour le développement économique et social de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Le parcours de Mélanie Bourlet combine à la fois une formation à plusieurs disciplines et des expériences professionnelles variées. Elle dit se percevoir comme une « universitaire autodidacte» .


Le choix de la langue

Mélanie Bourlet a découvert le peul en s'engageant dans une association sénégalo-mauritanienne venant en aide aux familles monoparentales en 1994, où elle donnais des cours de soutien scolaire aux enfant et aidait les familles dans les démarches administratives. Elle s'est donc inscrite en peul à l'Inalco pour pouvoir mieux communiquer avec les parents, puis elle a découvert qu'il y avait tout un champ de recherches passionnant à investir, et ainsi a continué ses études de peul.


Parcours d'enseignante-chercheuse

Elle a été recrutée à l'Inalco en septembre 2010 en tant maîtresse de conférence de langue et littérature peules. Elle est actuellement rattachée au laboratoire Llacan (Langage, langues et cultures d'Afrique, UMR8135) qui comprend des chercheurs de terrain  –essentiellement linguistes, mais aussi littéraires et anthropologues–, effectuant de longs séjours d’immersion dans les pays concernés, travaillant sur des données de première main pour s’insérer dans des questions théoriques plus vastes. 

Mélanie Bourlet y a codirigé une opération de recherches de 2011 à 2014 (Internet, diasporas, langues africaines), puis de 2014 à 2018, un axe de recherche, avec Ursula Baumgardt et Sandra Bornand (Littératures en langues africaines : théories littéraires et pratiques langagières) en anthropologie linguistique et en littérature, dans lequel elle avait en outre la responsabilité d’un projet dit Peul qui regroupait plusieurs foulanisants du laboratoire et était dans les faits conçu comme une somme de mini-projets autour de l’écriture en peul.

Depuis 2018, elle dirige un projet de recherches, EcoSen, financé par l’ANR et la ville de Paris au sein de l’axe « Langue et pragmatique » qui porte sur la littérature orale essentiellement, mais également écrite en pulaar.

A l’Inalco, elle enseigne essentiellement la pratique de la langue peule, mais également un enseignement autour des dynamiques locales et des enjeux globaux posés par les littératures écrites dans les langues du continent africain. Cela a été développé en ajoutant un cours collégial d’histoire de l’écriture en Afrique. Enfin, ouvrira également, dans le cadre des transversaux, un cours d’écocritique avec Marie Lorin qui s’adressera à tous les étudiants de l’Inalco et découle directement de leurs engagements scientifiques.

En 2016, elle a accepté de prendre la direction adjointe du département Afrique Océan indien aux côtés de Delombera Negga (linguiste et enseignante d’amharique. Ce fut une expérience très intense d’un point de vue administratif car cela a coïncidé avec la mise en place des futures maquettes du département Afrique Océan indien. Elle en est ressortie avec des convictions fortes sur la nécessité de « ré-humaniser » le monde universitaire, promouvoir le dialogue et la collaboration, cultiver des formes d’attention.  

Fin 2017, elle a obtenu un projet de recherches Jeunes chercheurs cofinancé par l’ANR et la Ville de Paris, rédigé avec une jeune chercheuse en littérature, Marie Lorin, actuellement post-doctorante à l’Inalco, s’appuyant sur les conclusions de leurs recherches respectives dans la région du fleuve Sénégal.

Enfin, en 2018, Jean-François Huchet et elle ont mis en place, dans le cadre des parcours transversaux, un parcours Environnement, qui ouvrira à la rentrée prochaine 2019/2020. Elle a accepté de seconder Emmanuel Lozerand au sein de la commission des transversaux, afin de poursuivre ce travail.


Axes de recherche

Mélanie Bourlet effectue la plupart du temps des enquêtes pour trouver les textes en pulaar sur lesquels je travaille, qu’ils soient oraux ou écrits, et souvent à la confluence des deux. La région qu'elle sillonne depuis vingt ans se situe au nord du Sénégal (le Foûta Tôro). Ce qui l’intéresse est la performativité des mots. Elle veut mettre en lumière la force propulsive de la littérature, son « cœur battant », décrypter l’admiration qu’elle suscite, l’énergie qu’elle dégage pour et en chacun de nous, en quoi cette dernière devient aussi politique, en particulier dans des situations de vie souvent fragiles. Et c’est à partir de textes et d’auteurs peu connus dans une langue transnationale qui n’est langue officielle nulle part, qu'elle pense ces questions.  

Son intérêt pour la recherche sur la littérature peule a commencé en 1998, dans un petit village situé à la frontière nord du Sénégal où elle a vécu plusieurs mois et a rencontré l’un des poètes en langue pulaar les plus charismatiques, Mammadu Sammba Joob, c’était un performateur hors pair et qu'elle a suivi régulièrement sur plusieurs années. C’est à lui qu'elle doit d’avoir voulu comprendre dès 1999 les circuits informels d’une littérature contemporaine circulant de mains en mains dans plusieurs pays (africains et européens). De retour à Paris, elle a donc commencé en 2003 une thèse sous la direction d’Ursula Baumgardt, avec le concours d’Aliou Mohamadou, lesquels ont beaucoup contribué à l’édition de textes en peul en France et lui ont ainsi permis de lancer ses recherches.

Il s’agissait de comprendre ce paradoxe apparent entre une fragilité institutionnelle évidente et la puissante efficacité de réseaux associatifs peuls, et autres « cellules » très localisées en Europe et en Afrique, lesquels permettaient à ces textes d’exister. Le rapport au livre et ce que représentait la littérature y étaient alors vécus avec intensité. Pendant cinq ans, elle a donc effectué plusieurs missions de terrain au Sénégal, en Mauritanie, en France, et en Belgique, pour trouver les textes, rencontrer les auteurs, les éditeurs, les lecteurs, les linguistes, les militants qui faisaient vivre cette littérature. Cette recherche lui a permis de réfléchir au rapport entre cosmopolitismes, minorités et nationalismes linguistiques, d’intervenir dans des questions de géographie littéraire.

Des réflexions qu'elle affine depuis 2009 avec une nouvelle recherche consacrée cette fois à un écrivain, poète, tirailleur sénégalais, Bakary Diallo (1892-1978). Cette recherche a fait l’objet d’un documentaire, « Bakary Diallo, mémoires peules » (2016) écrit et coréalisé avec Franck Guillemain. Ce film est aujourd’hui en accès libre sur trois sites et existe également en version anglaise depuis 2017. Il s’agissait alors de réparer « l’image » d’un écrivain tombé dans l’oubli dont on a mis en cause la paternité et la qualité de l’œuvre en français dans les années 20, par « l’image » justement, et en inversant la perspective.

Mélanie Bourlet sur le terrain pour le film Bakary Diallo avec les enfants du poète.

C’est ce qui l’a amenée ensuite à rédiger un projet avec Marie Lorin pour proposer une analyse écopoétique des poésies du fleuve Sénégal, dans le cadre du projet EcoSen (2018-2021). Ce qui la fascine chez lui, c’est la manière dont par les mots, après le chaos de la Grande guerre, il a su reconfigurer son monde intérieur à partir d’une géographie locale et en faire une pensée cosmo- ou éco-politique, engageant la diversité des langues, leurs relations, la cohabitation et la singularité des voix s’y exprimant. Elle termine actuellement l’édition de ses poèmes en pulaar, travaille à la réédition de son premier texte en français et a commencé à s’atteler à un texte inédit que le travail sur sa poésie lui permet de mieux comprendre. Elle a étendu cette recherche à l’ensemble de son œuvre en trois langues (français, wolof, peul) et a rassemblé un grand nombre de documents d’archives auxquelles s’ajoutent ses données de terrain qui lui permettront à terme de pouvoir un jour écrire sur cet auteur. 

Elle j’envisage ensuite de se consacrer dans le cadre du projet EcoSen à un type de poésie orale amoureuse appelée Leele, accompagnée de musique. 


La mise en place des enseignements du transversal Environnement

L’idée de la création de ce parcours est consécutive à l’obtention du projet EcoSen en juillet 2017 portant sur le rapport littérature/environnement dans la vallée du fleuve Sénégal, et le montage en septembre 2017 d’un collectif universitaire avec d’autres collègues, appelé ZoneZadir réunissant des universitaires, tous statuts confondus, désirant promouvoir une écopoétique transculturelle et une recherche plus éthique, interdisciplinaire, solidaire, soucieuse de différentes formes de fragilités (écologiques, économiques, sociales, linguistiques, etc.). L’idée étant que les changements climatiques et environnementaux qui nous concernent et nous touchent toutes et tous à des degrés divers, s’éprouvent avant tout depuis des lieux précis et qu’il y a urgence à faire émerger d’autres voix que celles trop souvent eurocentrées qui s’expriment sur le sujet pour décentrer toujours plus la critique et montrer que la littérature, tant orale qu’écrite, a également des choses à apporter sur ces questions, en dialogue constant avec les sciences sociales, et replacer la question des langues/du langage, de la voix (au sens de singularité qui s’exprime) – et donc de sa dimension performative – au cœur de notre démarche.

 

En discutant avec Jean-François Huchet, qui est un spécialiste de la crise environnementale en Chine, l’idée est très vite apparue d’essayer de proposer un parcours Environnement à la direction des transversaux, et de combiner la dimension économique à celle, culturelle et linguistique –unique– de l’Inalco. Cette alliance nous semblait tout à fait inédite dans le paysage universitaire français et pleine de promesses pour l’avenir : mettre ensemble des spécialistes émanant de différentes disciplines, dialoguant habituellement très peu (ex : économistes et littéraires ou anthropologues) et travaillant sur diverses régions du monde.  Le paradigme écologique permet de ressaisir différemment ce que nous avons accumulé, ce que nous faisons, d’inventer de nouvelles façons de travailler ensemble pour penser la crise écologique et les mutations sociétales, les modèles économiques, les politiques publiques, et toutes les nouvelles configurations qu’elle implique avec le décloisonnement progressif et général des disciplines.

 

Cette perspective est en train de renouveler en profondeur les domaines du savoir en mettant au cœur des réflexions une attention renouvelée et élargie aux « relations ».  Grâce à Emmanuel Lozerand, nous nous sommes donc mis en relation avec d’autres collègues (économistes, géographes, anthropologues, historiens) afin de développer un parcours d’Humanités environnementales, qui rassemble six cours en L2 et L3, et qui se veut interdisciplinaire dans ses méthodes : histoire environnementale, économie de l’environnement, écologie et littérature, géographie, et anthropologie écologique.



Source : Inalco

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