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Séminaire mensuel « Sociétés, politiques et cultures du monde iranien » (2019-2020) - séance 4

Séminaire - 17 vues

jeudi 06 février 2020
17:30 - 19:30
Inalco - salle 4.13
PARIS FRANCE
La date limite de clôture des inscriptions est passée.

La question kurde dans les années 2020

Hamit BOZARSLAN (EHESS)


Résumé de l'intervention

Groupe ethnique de trente millions d’âmes divisés entre l’Iran, la Turquie, l’Irak et la Syrie, le Kurdistan traverse une longue période de contestations armées depuis 1961. La Guerre du Golfe de 1991 débouche sur la construction d’une région autonome (1991), puis fédérée (2005) en Irak. Principal acteur de la guerre contre l’Etat islamique en Syrie, les forces kurdes résistent entre 2018-2020 à la tentative d’occupation de leurs territoires par Ankara.


Les chroniques arabes mentionnent l’existence d’un groupe kurde et d’un espace défini comme Kurdistan dès le 8ème siècle. De cette période au début du 16ème, nombreuses entités kurdes voient le jour sans déboucher cependant sur la construction d’un Etat unifié. Les émirats kurdes maintiennent leur existence après la guerre qui oppose deux puissances impériales, ottomane et persane au début du 16ème siècle mais sont détruites, au prix d’une répression massive, au cours du 19ème siècle. Le deuxième partage du Kurdistan, suivant la fin de l’Empire ottoman et le partage du Moyen-Orient (1918-1926) est suivi d’une série de révoltes qui s’achèveront par la formation de la république autonome de Mahabad en Iran en 1946.


Depuis la fin de la Grande Guerre, la question kurde, est déterminée d’une part par l’imposition et de militarisation des frontières qui entravent la mobilité intra-kurde, d’autre part par les politiques répressives que les Etats opposent à la demande de reconnaissance que formulent les acteurs kurdes. Comme l’illustre le cas du HDP (Parti démocratique des peuples) dont nombre d’élus sont emprisonnés, les acteurs kurdes ont tenté chaque fois que cela était possible de privilégier l’option de non-violence pour faire avancer leur cause. Le recours armes sur une si longue période s’explique avant tout par la fermeture du champ d’action légale.


Si les Kurdes ne constituent pas une minorité numérique dans l’espace qu’ils occupent, elles ne sont pas moins réduits à un statut de minorité, privée des droits dont jouissent les majorités persane, turque ou arabes. Durant de longues décennies les Etats ont opposé une politique répressive commune contre les mouvements kurdes. L’alliance qui se noua en 2017 entre Bagdad, Ankara et Téhéran au lendemain du référendum sur l’indépendance au Kurdistan d’Irak montre que ces capitales peuvent toujours construire un « front sacré ». Malgré ses divisions internes, la contestation kurde répond à ce front en mettant en place un espace politique commun, informel mais transfrontalier, dont le KRG (Gouvernement régional du Kurdistan, dominé par le Parti démocratique du Kurdistan de Massoud Barzani) et le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan d’Abdullah Öcalan, en prison depuis 1999) sont les deux piliers.


L’entente anti-kurde entre les Etats n’est d’ailleurs pas à toute épreuve : depuis la Guerre Iran-Irak (1980-1988) le Proche-Orient est devenu le lieu de nombreux conflits, interétatiques ou civils, sans lien avec le Kurdistan mais se déroulant également dans l’espace kurde. Très couteuses pour la population kurde (sans doute plus de 250.000 victimes depuis 1980 !), ces guerres permettent cependant aux acteurs kurdes  d’élargir leurs marges de manœuvre et de nouer des alliances, plus ou moins durables, avec les Etats régionaux ou les puissances mondiales comme les Etats-Unis. L’effondrement des sociétés en Irak, mais surtout en Syrie, prises en otage par le conflit confessionnel alaouite/chiite-sunnite dans les années 2000-2010 explique la marginalisation de Bagdad et de Damas en tant qu’acteurs autonomes dans la région, mais propulse au-devant de la  scène les deux puissances régionales aux projets hégémoniques, l’Iran et la Turquie. L’intervention des milices chi’ites dépendant des Forces al-Quds des Pasdarans (« Gardiens de la révolution) iraniens dans la ville de Kirkuk en Irak et celle de la Turquie dans l’enclave d’Afrin en Syrie signalent la reconfiguration de la question kurde à l’horizon de la décennie 2020. Il importe cependant aussi de mentionner la présence de deux autres puissances, mondiales cette fois-ci, la Russie, assurant la survie du régime de Bachar al-Assad, et des Etats-Unis disposant des forces au Kurdistan irakien et contrôlant, grâce à leur alliance avec le PDY (Parti d’unité démocratique, proche du PKK), plus d’un quart du territoire syrien.  De régionale, la question kurde gagne ainsi une dimension internationale, sans qu’on puisse faire une prédiction concernant l’avenir.


Hamit Bozarslan : Docteur en histoire (Les courants de pensée dans l’Empire ottoman, 1908-1918, sous la direction de François Furet, EHESS, 1992) et en sciences politiques (Etats et minorités au Moyen-Orient. La régionalisation de la question kurde, sous la direction de Rémy Leveau, IEP de Paris, 1994), Hamit Bozarslan a été allocataire de recherche au Centre Marc Bloch (1995-1997) et « visiting fellow » à l’Université de Princeton (1998). Elu maître de conférence à l’EHESS en 1998, puis, en 2006, directeur d’études dans le même établissement, il a co-dirigé, avec Daniel Rivet et Jean-Philippe Bras, l’IISMM (Institut d’Etudes de l’Islam et des Sociétés du monde musulman) entre 2002 et 2008. Il est membre du comité de rédaction des revues Cultures et Conflits et Critique internationale et membre de la Société asiatique. 

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