[AAEALO] Retour sur les deux visites guidées de l’exposition « À la cour du Prince Genji. 1000 ans d’imaginaire japonais » au musée Guimet
Les samedis 17 février et 16 mars 2024, l’AAÉALO a organisé deux visites guidées de l’exposition « À la cour du Prince Genji. 1000 ans d’imaginaire japonais » au Musée national des Arts asiatiques – Guimet, à Paris.
La première visite, qui affichait complet, a réuni vingt participants. Face à l’intérêt suscité par cette exposition événement, une seconde visite a été proposée quelques semaines plus tard, permettant à un nouveau groupe d’alumni et d’amis des Langues O’ de découvrir à son tour cet univers exceptionnel.
L’exposition invitait les visiteurs à se plonger dans le Japon de l’époque Heian, entre 794 et 1185, période marquée par le raffinement de la cour impériale, l’essor du bouddhisme et une remarquable créativité artistique. Elle mettait notamment en lumière l’émergence d’une littérature féminine originale, rendue possible par le développement des hiragana, une écriture cursive adaptée à la langue japonaise et alors associée aux femmes.
Au cœur du parcours se trouvait le célèbre Dit du Genji, rédigé au début du XIe siècle par Murasaki Shikibu. Considéré comme l’un des premiers grands romans psychologiques de l’histoire, ce texte raconte la vie et les intrigues amoureuses du prince Hikaru Genji dans l’univers sophistiqué de la cour impériale.
La visite permettait de mieux comprendre la place particulière occupée par les femmes de l’aristocratie à cette époque. Éloignées de la vie politique officielle mais témoins privilégiées des relations et des rivalités de cour, elles consacraient une part importante de leur temps à la poésie, à la calligraphie, à la religion et à l’écriture. Murasaki Shikibu, Sei Shōnagon et Ono no Komachi figurent parmi les grandes personnalités littéraires nées de ce contexte.
Le parcours montrait combien le Dit du Genji dépasse le simple récit amoureux. À travers une observation très fine des sentiments, des comportements et des rapports sociaux, Murasaki Shikibu offre un portrait complexe de la cour, tout en abordant la fragilité de l’existence et le caractère éphémère des choses.
Les poèmes waka, intégrés au récit, jouent un rôle essentiel dans cette œuvre. Ils permettent aux personnages d’exprimer leurs sentiments, de transmettre des messages indirects ou de répondre aux codes de la séduction. Le choix du papier, la calligraphie, les couleurs et parfois même les parfums participaient pleinement au sens de ces échanges.
L’exposition présentait une grande diversité d’œuvres inspirées du roman au fil des siècles : peintures, estampes, objets en laque, céramiques, sculptures, tissus et objets précieux. Certaines boîtes en laque issues de l’ancienne collection de Marie-Antoinette témoignaient également de la fascination exercée par l’univers du Genji bien au-delà du Japon.
Les participants ont pu observer comment les artistes de l’époque d’Edo ont réinterprété les scènes du roman. Avec le développement de la gravure sur bois, les épisodes du Dit du Genji furent adaptés, parodiés et transposés dans des cadres contemporains afin de les rendre plus accessibles au public.
L’exposition rappelait aussi que l’influence du roman demeure très vivante. Mangakas, cinéastes, musiciens et créateurs contemporains continuent de reprendre ses personnages et ses intrigues. Une salle entièrement recouverte de planches de manga montrait de manière spectaculaire cette réinvention constante du récit.
L’un des temps forts de la visite fut la présentation des quatre rouleaux tissés par Itarô Yamaguchi, maître tisserand du quartier de Nishijin à Kyoto. Déroulés ensemble sur plus de trente mètres, ils étaient exposés pour la première fois dans leur intégralité.
À l’âge de soixante-dix ans, Itarô Yamaguchi entreprit de transposer dans le textile les célèbres rouleaux peints du Dit du Genji datant du XIIe siècle. Il consacra les dernières décennies de sa vie à ce projet monumental, associant les savoir-faire traditionnels de Nishijin à la mécanique Jacquard venue de France.
La visite permettait ainsi de découvrir une histoire peu connue des relations entre la France et le Japon. Au XIXe siècle, le métier Jacquard fut introduit dans les ateliers de Nishijin afin de moderniser la production textile. En retour, le Japon contribua à soutenir l’industrie lyonnaise de la soie en lui fournissant des vers à soie après une grave crise sanitaire.
En hommage à cette histoire commune, Itarô Yamaguchi choisit d’offrir ses rouleaux au musée Guimet. Réalisés en soie, fils dorés et argentés et lamelles de papier précieux, ils témoignent d’une virtuosité technique exceptionnelle, notamment dans le rendu des détails, des couleurs et des effets de transparence.
La scénographie renforçait encore l’immersion dans cet univers. Le parcours commençait dans une architecture inspirée des résidences aristocratiques de l’époque Heian, avec des structures en bois, des cloisons ajourées et des espaces évoquant les maisons surélevées de la cour.
La visite se prolongeait ensuite au cœur de l’univers du manga, avant de s’achever dans une évocation des ateliers de tissage de Kyoto. Un dispositif olfactif permettait enfin de découvrir quatre compositions inspirées des saisons et de la tradition du kōdō, la « voie des parfums », très présente dans la culture aristocratique du Japon ancien.
Ces deux visites ont ainsi offert un passionnant voyage à travers mille ans de création japonaise, depuis la littérature féminine de l’époque Heian jusqu’aux mangas contemporains, en passant par les estampes et l’art textile.
Un grand merci aux participants des deux groupes pour leur présence, ainsi qu’au musée Guimet et aux conférenciers pour la qualité de l’accueil et de la médiation.
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