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🎓 Regards croisés d’alumni – Portrait de Nicolas Bernier

Parcours & Témoignages

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17/06/2026

À l’occasion de la grande soirée annuelle des alumni organisée par l’AAÉALO le 17 juin 2026 à la Maison de la Recherche de l’Inalco, Nicolas Bernier a partagé un parcours singulier, à la croisée des langues, de la défense, du conseil géostratégique, du conseil environnemental et de l’entrepreneuriat social.

Ancien étudiant de l’Inalco en langues et civilisations indonésiennes et malaisiennes, il est aujourd’hui directeur de Sustenea à Jakarta et dirige OceanKita, branche spécialisée dans la lutte contre les déchets marins et la pollution plastique.

De l’armée de l’air à l’expertise sur l’Asie du Sud-Est

Le parcours de Nicolas Bernier commence dans l’armée de l’air. Après une première carrière comme pilote de chasse, puis comme directeur des opérations dans les technologies de l’information et de la communication, il rejoint le bureau des relations internationales en état-major.

Il travaille d’abord comme analyste Asie du sud-est puis comme conseiller géostratégique Asie du sud-est et du nord-est. C’est dans ce cadre qu’il étudie à l’Inalco entre 2005 et 2009. L’apprentissage de l’indonésien répond d’abord à un objectif professionnel : devenir plus expert sur ses dossiers.

À l’Inalco, il suit une licence puis un diplôme approfondi en langues et civilisations indonésiennes et malaisiennes, équivalent à un master 1. Il découvre alors que la formation ne se limite pas à l’apprentissage linguistique. Les cours de civilisation, d’histoire et de culture lui permettent d’acquérir une compréhension beaucoup plus fine de l’Indonésie et de la région.

Cette expertise devient un véritable outil professionnel, qu’il met à profit au sein de l’armée de l’air et du ministère de la Défense jusqu’en 2014. Son parcours illustre l’une des forces de l’Inalco : former des profils capables d’articuler langue et connaissances géopolitiques.

Une reconversion vers l’environnement et le développement durable

En 2014, Nicolas prend une retraite anticipée avec l’idée de se réorienter vers les questions environnementales. Il complète alors son parcours par un Executive Advanced Master à Mines ParisTech en management de la RSE et développement durable, en suivant également des enseignements liés à l’ingénierie environnementale et au management international de l’environnement.

Cette reconversion le conduit de nouveau vers l’Indonésie. Il rejoint Archetype Environment à Jakarta comme Business Development Manager. Il y travaille sur l’adaptation de la stratégie de l’entreprise au marché indonésien, le développement commercial, l’analyse des enjeux environnementaux et juridiques, la réalisation d’études de marché, la coordination de réponses à appels d’offres et les relations avec de nombreux acteurs : autorités institutionnelles, collectivités territoriales, bailleurs, clients potentiels, experts de terrain, partenaires, concurrents et associations.

Les domaines abordés sont variés : eau, assainissement, déchets solides, valorisation énergétique, efficacité énergétique, réduction des émissions de gaz à effet de serre et thématiques urbaines.

Sustenea et OceanKita : entreprendre pour l’environnement en Indonésie

Après une période comme consultant indépendant en énergie, environnement et durabilité, Nicolas fonde Sustenea en Indonésie. La structure travaille avec des entreprises industrielles et des cabinets de conseil pour proposer des services dans les domaines de l’efficacité énergétique, de la valorisation de chaleur fatale, de l’hydroélectricité, de la gestion des déchets solides, de l’eau et de l’assainissement, du changement climatique, des enjeux urbains et de l’écologie industrielle.

À partir de 2018, il crée OceanKita, branche de Sustenea spécialisée dans les déchets marins. OceanKita développe des solutions complètes, innovantes et adaptées au contexte local d’un pays en développement, tropical et archipélagique pour réduire les déchets marins et la pollution plastique. La structure mène notamment des démonstrations, des actions de formation et des projets avec des acteurs locaux de tous types.

La pandémie provoque le changement de thématique environnementale. Après plusieurs années dans le secteur de l’énergie, Nicolas se tourne plus fortement vers la pollution plastique. Il décrit aujourd’hui sa structure comme une micro-entreprise sociale fonctionnant par certains aspects comme une ONG, avec des enjeux de levée de fonds, de recherche de revenus et de développement de projets dans un contexte où le marché et les pouvoirs publics ne placent pas toujours ces sujets au premier rang de leurs priorités.

Une installation progressive entre la France et l’Indonésie

Pour Nicolas, l’Indonésie s’inscrit dans une trajectoire longue. Il met les pieds pour la première fois en Asie du Sud-Est en 1996 et développe progressivement un fort tropisme pour cette région. Lorsqu’il part travailler en Indonésie, sa famille reste d’abord en France. Son épouse et ses deux derniers enfants le rejoignent ensuite quelques années, entre 2017 et 2020, avant de rentrer en France au moment du confinement.

Cette situation l’amène à organiser son équilibre entre la France et l’Indonésie. Après des périodes de célibat géographique, il peut progressivement passer d’une présence à plein temps en Indonésie à un fonctionnement plus partagé, grâce à la consolidation de sa structure et à l’appui d’une équipe locale.

Son témoignage met en lumière la dimension très concrète des parcours internationaux : l’expatriation n’est pas seulement une aventure professionnelle, mais aussi une organisation familiale, un mode de vie et une succession d’ajustements.

La langue comme marque d’engagement et de confiance

Nicolas évoque avec lucidité son rapport à l’indonésien. Après ses études à l’Inalco, la langue est moins mobilisée pendant plusieurs années, au fil de missions élargies à l’Asie du Sud-Est et du Nord-Est. Lorsqu’il arrive en Indonésie en 2015, il doit donc réactiver et réapprendre une partie de la langue.

Dans la vie quotidienne, il s’oblige à utiliser l’indonésien. Dans le cadre professionnel, il privilégie souvent l’anglais avec le secteur privé, notamment pour éviter les malentendus ou les ambiguïtés. En revanche, avec les ministères, les gouvernements locaux ou les interlocuteurs hors de Jakarta, l’indonésien devient plus nécessaire.

Pour lui, parler la langue reste un atout essentiel. Cela permet de s’intégrer, de susciter la confiance et de montrer aux interlocuteurs locaux que l’on a fait l’effort de comprendre le pays, sa culture et ses codes. Dans un pays aussi linguistiquement divers que l’Indonésie, où coexistent plusieurs centaines de langues, cette connaissance permet aussi de mieux percevoir la complexité du terrain.

Transmission et engagement de long terme

S’il ne se projette pas dans l’enseignement de la langue, Nicolas reste attaché à la transmission. Il a conservé des liens avec d’anciens enseignants de l’Inalco, des camarades de promotion et des étudiants. Il répond ponctuellement à des sollicitations d’étudiants de master qui cherchent à mieux comprendre l’Indonésie, ses enjeux environnementaux ou les réalités du terrain pour leurs travaux de recherche.

À travers son parcours, Nicolas Bernier incarne une trajectoire de reconversion engagée, où les compétences acquises à l’Inalco deviennent un socle durable pour comprendre un pays, y travailler, y entreprendre et agir face aux défis environnementaux contemporains. Son portrait montre que les langues et civilisations ne sont pas seulement des objets d’étude : elles peuvent devenir des outils d’analyse, d’action et d’impact.

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