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Paul Boyer (1864–1949), pionnier des études slaves en France

Parcours d'alumni

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30/11/2025

1. Parcours et rôle-clé

Paul Boyer, né en 1864 en Touraine et mort en 1949 à Paris, est une figure majeure du développement des études slaves et orientales en France au début du XXe siècle, personnage fondamental pour notre association dont il est un des initiateurs.

Linguiste spécialiste du russe, il enseigna près de 50 ans à l’École nationale des langues orientales (Langues’O) dont il fut l’administrateur pendant 28 ans. Il fonda la Revue d’études slaves et dirigea l’Institut d’études slaves, formant plusieurs générations de russisants. Son influence s’étendit aussi à la fondation de l’Institut français de Saint-Pétersbourg.

2. Ascension et réformes

Brillant élève (premier à l’agrégation de grammaire en 1888), Paul Boyer succéda en 1894 à Louis Léger comme professeur de russe à l’ENLOV. Sa nomination comme administrateur en 1908, à 44 ans, surprit : les études slaves étaient alors une discipline nouvelle, marginalisée face aux langues orientales traditionnelles (arabe, persan, chinois). Il incarna la modernisation de l’École, dans un contexte de réformes de l’enseignement supérieur sous la IIIe République et de rapprochement franco-russe.

Il réforma l’École en augmentant les heures d’enseignement, en introduisant des contrôles de connaissances, et en ouvrant l’institution à de nouvelles langues (hongrois, roumain) et à des étudiants étrangers. Parallèlement, il soutient le développement d’une ethnologie sociale et culturelle vouée à remplacer une anthropologie marquée par le colonialisme du XIXe siècle. Ces changements suscitèrent une forte opposition, notamment de la part d’enseignants conservateurs et de la presse coloniale, qui l’accusèrent de favoritisme et de négliger les langues orientales traditionnelles. Malgré les attaques, Paul Boyer sortit renforcé, soutenu par des personnalités politiques et universitaires.

3. Réseaux  universitaires et engagement politique

Paul Boyer doit son influence à ses liens étroits avec la Russie, tant académique que politique. Marié à Rébecca, native d’une bourgade polonaise alors dans l’Empire tsariste, il étudia à Moscou, où il fréquenta des universitaires et des opposants, comme Pavel Milioukov (chef du gouvernement provisoire russe en 1917). Il devint un expert des affaires russes, conseillant les hommes politiques français et jouant un rôle clé dans les relations franco-russes, notamment pendant la Première Guerre mondiale.

Pendant la guerre, il organisa l’envoi d’élèves en Russie pour des missions de renseignement et de propagande, et milita pour une politique plus libérale envers les minorités de l’Empire russe. Après 1917, il aida les émigrés russes et tenta de maintenir des contacts avec la Russie soviétique, tout en formant une nouvelle génération de slavistes engagés, comme André Mazon.

La grande guerre finie, il s’attache à renforcer l’implantation de l’École dans le tissu social de son époque, ce qui le conduit à s'investir fortement dans la création, officialisée en 1927, de l’Association des Élèves, Anciens Élèves et Amis de l’établissement.

Durant la Seconde guerre mondiale, quoique à la retraite depuis plusieurs années, il apporte tout son soutien à l’association et reste en contact avec les élèves et les anciens.

4. Héritage

Paul Boyer a transformé les études slaves en France, les ancrant dans les réalités politiques et sociales de son temps. Son approche, mêlant linguistique, sociologie et engagement politique, a marqué durablement la discipline. Il reste une figure emblématique du dialogue franco-russe et de la modernisation des études orientales. Il représente aussi une image tutélaire pour l’AAEALO, avec le titre de président d’honneur depuis les origines.

Alain Schneider


Pour des compléments :

  • Anna Pondopoulo, « Paul Boyer, ses liens avec la Russie et les enjeux politiques de la réforme de l’École des langues orientales dans les années 1910 » in La France et les Français en Russie – Nouvelles sources et approches (1815-1917), École des Chartes, 2018. Lire en ligne : https://books.openedition.org/enc/1296
  • Emmanuel Lozerand, Anna Pondopoulo, « Lettres de Paul Boyer à Paul Rivet » in Histoire des Langues O, 2023. Lire en ligne : https://histoirelo.hypotheses.org/37
  • André Mazon, « Paul Boyer (1864-1949) » in Revue des Études Slaves, 1950, n° 26, pp. 4-13. Lire en ligne : https://www.persee.fr/doc/slave_0080-2557_1950_num_26_1_1503  
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