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Il était une fois… l’AAÉALO - De la Libération à la renaissance (1944–1945)

Vie de l'association

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06/01/2026


Une association qui sort de la guerre mais pas de sa mission

À la fin de 1944, l’AAÉALO sort lentement de la « mise sous cloche » imposée par l’Occupation.

Le procès-verbal du Conseil d’administration du 22 décembre 1944 montre une association étonnamment vivante : plus de cent adhésions nouvelles ont été enregistrées au cours de l’année, portant le total à 418 membres (élèves et anciens) – un chiffre supérieur à celui de 1939.

AAEALO - Réunion du CA du 22 décembre 1944


Malgré les difficultés, les bourses votées en mars 1944 ont toutes été versées. Et, en raison « du caractère urgent des besoins », le président Léon Beaulieux a pris l’initiative, avant même la séance de décembre, d’accorder des secours complémentaires à Mme Plemiannikov — la mère de Roger Vadim, née Marie-Antoinette Ardilouze (1904-1990), ancienne élève de l’ENLOV en russe, dont le mari était décédé juste avant la guerre — (2 000 francs) et à Mme Stefanovitch (3 000 francs), deux anciennes élèves particulièrement touchées par la guerre. 

AAEALO - Réunion du CA du 22 décembre 1944

Derrière le langage comptable du procès-verbal, on perçoit un effort réel pour ne pas laisser retomber l’entraide au moment même où la guerre touche à sa fin.


Préparer la renaissance : réformer les statuts et le secrétariat

La réunion du bureau du 19 mars 1945 témoigne d’une réévaluation profonde de l’organisation de l’Association. Beaulieux y explique que les campagnes de recrutement et de régularisation de cotisations, menées depuis 1943, ont provoqué un flux de correspondance considérable.

AAEALO - Réunion du bureau 19 mars 1945 


Le secrétariat général, assuré par le russisant Jean Porcher, bibliothécaire à la Sorbonne, ne suffit plus. Le bureau décide alors de proposer à l’Assemblée générale une modification des statuts pour créer un secrétariat général adjoint, chargé de seconder le secrétaire général dans la gestion quotidienne, notamment pour le courrier, les listes d’adhérents et la préparation des publications.

Cette réforme, apparemment technique, est en réalité un signe clair : l’AAÉALO se projette de nouveau dans l’avenir, comme une association appelée à vivre pleinement, et non plus seulement à survivre.


L’Assemblée générale du 23 mars 1945 : un moment solennel

La convocation du 12 mars 1945 donne le ton. Après plusieurs années sans assemblée générale, l’ordre du jour est ambitieux :

•    chronique de la vie de l’Association pendant l’Occupation ;

•    hommage aux morts de la guerre ;

•    rapport moral du président ;

•    rapport financier du trésorier ;

•    discussion et vote sur les modifications statutaires ;

•    élection d’un nouveau Conseil d’administration.

Cette réunion n’est pas qu’un exercice administratif : elle marque la réouverture de la vie démocratique collective de l’Association.

AAEALO - PV de l'AG du 23 mars 1945


Un hommage bouleversant

Au cœur de cette AG, le texte de commémoration des morts, rédigé et lu par Léon Beaulieux, occupe une place centrale. Sur plus de sept pages, il évoque, un à un, les anciens élèves et amis de l’École morts en déportation, fusillés, exécutés, tombés au combat ou disparus.

Parmi ces figures :

•    Joseph et Ria Hackin, morts en mer en 1941 lors d’une mission pour la France libre ;

•    Henri Maspero, sinologue de renommée internationale, mort au camp de Buchenwald ;

•    plusieurs autres anciens élèves dont les noms sont rappelés avec dignité, parfois avec quelques mots sur leurs parcours avant la guerre.

Cet hommage est bien plus qu’une liste de noms : il est présenté comme un temps fort de recueillement, un moment où l’Association reconnaît sa dette envers celles et ceux qui ne verront pas la paix. Il scelle symboliquement la fin de la période de survie silencieuse et inscrit la renaissance de l’AAÉALO dans un devoir de mémoire.

AAEALO - 1945 03 23 - Assemblée générale - Commémoration des morts de la guerre


Reprise de la vie statutaire et administrative

Le procès verbal de la réunion du CA du 08 mars 1945 montre que, dès avant l’AG, l’Association commence déjà à fonctionner « comme avant » :

•    examen des nouvelles candidatures de membres ;

•    décisions financières (bourses, secours, crédits spécifiques) ;

•    préparation de l’Assemblée générale ;

•    mise à jour du fichier des membres ;

•    réflexion sur la reprise des archives et des publications.

Ces gestes, qui peuvent sembler routiniers, marquent en réalité le retour à un fonctionnement normal après des années de réunions à effectif réduit et de décisions limitées à l’essentiel.


27 juin 1945 : les premières décisions d’une association libérée

La réunion du Conseil d’administration du 27 juin 1945 est entièrement tournée vers l’avenir.

On y trouve :

•    l’attribution de nouvelles bourses à des élèves en arabe, turc, russe, bulgare et dans d’autres langues ;

•    des secours à plusieurs anciennes élèves en difficulté ;

•    la réaffirmation du prix annuel de l’Association ;

•    des décisions éditoriales concernant la reprise de l’Annuaire et du Bulletin.

Le ton du procès-verbal est résolument constructif : il s’agit désormais de reconstruire une vie associative ouverte, mêlant entraide matérielle, soutien scientifique et animation culturelle.

AAEALO - Réunion du CA du 27 juin 1945


En quelques mois, l’AAÉALO passe donc :

•    de la survie administrative (décembre 1944),

•    à la reconstruction statutaire (mars 1945),

•    puis à la relance culturelle, sociale et académique (juin 1945).

L’Assemblée générale du 23 mars 1945 apparaît ainsi comme un moment de basculement : on quitte le temps des privations et des huis clos pour retrouver celui du collectif.



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