Retour aux actualités
Article précédent

Portrait d’alumni : Laurent Hou - Entre langues, terrain et création : un parcours façonné par la Chine

Parcours d'alumni

-

02/01/2026


Portrait d’alumni – Laurent Hou

Entre langues, terrain et création : un parcours façonné par la Chine


Pour commencer, pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Mon parcours n’a rien de linéaire. J’ai commencé par une classe préparatoire, puis des études de géographie, avec un intérêt marqué pour les questions environnementales. C’est dans ce cadre-là que la Chine est apparue, presque comme une nécessité : pour travailler sérieusement sur ces sujets, il fallait apprendre le chinois.

C’est ce qui m’a conduit à l’Inalco, où j’ai étudié le chinois. Une partie de mon apprentissage linguistique s’est faite là-bas, puis l’autre directement en Chine. J’y ai poursuivi un travail de recherche sur la gestion des catastrophes naturelles, avant que la photographie ne prenne progressivement une place centrale.

Aujourd’hui, je suis photographe professionnel. Comme beaucoup, j’ai une activité variée, entre commandes et projets personnels. Je suis installé à Paris et je travaille comme indépendant depuis 2020, tout en menant des projets artistiques au long cours. Mon travail fonctionne par projets, avec une logique très personnelle, sans m’enfermer dans un cadre unique, avec une approche tantôt plasticienne, tantôt plus documentaire.


Quel a été votre parcours à l’Inalco, et qu’est-ce qui vous a conduit à vous spécialiser sur la Chine ?

Un moment déclencheur remonte à ma première année de géographie, lorsque je suis tombé sur un livre de calligraphie et de peinture chinoises. L’esthétique m’a immédiatement parlé. En parallèle, les perspectives professionnelles classiques de mon cursus ne me satisfaisaient pas vraiment.

J’ai toujours aimé les langues et j’avais envie de partir à l’étranger, d’apprendre un système linguistique et culturel très différent. La Chine s’est imposée à la fois pour des raisons esthétiques, intellectuelles et très pragmatiques. Mon premier séjour n’a pas été une réussite totale, et je pensais même ne pas y retourner.

Six mois après le séisme du Sichuan, je suis retourné en Chine pour une étude de terrain. J’y ai suivi des cours à l’université du Sichuan, travaillé avec des associations humanitaires et collecté des données pour ma thèse. Cette expérience a été déterminante : elle m’a donné le sentiment d’être utile et m’a conforté dans mon choix de m’ancrer sur ce terrain. Et malgré les difficultés de départ, j’avais réussi à me débrouiller : certaines choses avaient retenu mon attention.

Après l’Inalco, je suis parti étudier à Pékin, notamment à Beijing Normal University, où je suis resté plusieurs années, jusqu’en 2013.


Vous avez vécu plusieurs années à Pékin avant de devenir photographe à plein temps. Comment cette immersion a-t-elle façonné votre regard et votre manière de créer ?

Pékin n’est pas une ville lisse. C’est un centre majeur de recherche sur les questions environnementales, avec une forte activité universitaire et de nombreuses coopérations internationales. J’y ai poursuivi mes travaux de recherche, tout en commençant la photographie en parallèle de la fin de ma thèse, autour de 2013, à Pékin, sans imaginer que cela deviendrait central. Très vite, je me suis retrouvé intégré dans des cercles créatifs : musiciens, danseurs, artistes visuels. J’ai senti qu’il y avait là quelque chose à faire, et surtout, je ne voulais pas rentrer en France.

J’ai trouvé des moyens de rester en Chine, notamment à travers des expériences institutionnelles qui n’étaient pas des stages « classiques », mais plutôt des projets mêlant photographie, technique et arts visuels. J’ai passé énormément de temps avec des artistes français et chinois installés à Pékin. Ces rencontres m’ont donné une forme de légitimité, mais surtout l’envie d’assumer pleinement une pratique artistique.

Après ces années à Pékin, je me suis installé au Maroc en 2017, puis je suis revenu en France en 2020. Beaucoup de choses se sont jouées sur des hasards, des prises de risques et des rencontres importantes, dans un équilibre permanent entre recherche, création et terrain.


Votre travail mêle photographie, mémoire, archives et techniques artisanales. En quoi votre rapport aux langues et aux cultures influence-t-il votre démarche artistique ?

Ma photographie n’est pas neutre, mais je ne cherche pas non plus un engagement frontal. Les discussions régulières avec des artistes chinois ont profondément nourri mon regard.

La peinture et la calligraphie chinoises ont exercé une influence esthétique majeure sur mon travail. J’ai toujours été attiré par le noir et blanc, par le travail de l’encre. Je cherchais un noir très profond, très mat, proche de celui de la peinture chinoise, difficile à obtenir avec des procédés photographiques classiques. C’est ce qui m’a conduit à explorer des techniques comme la sérigraphie, la risographie et prochainement d’autres procédés d’impression, souvent anciens.

La calligraphie m’a également ouvert une porte vers l’abstraction, vers une autre manière de penser la composition. J’ai beaucoup appris au contact de photojournalistes spécialisés sur la Chine, notamment des correspondants de presse, qui m’ont transmis une grande liberté de regard. Vivre dans un univers visuel non occidental m’a aussi marqué dans la manière de cadrer, de composer, d’utiliser le format vertical, très présent dans la peinture chinoise bien avant l’arrivée des réseaux sociaux et la popularisation des images verticales.


Avec le recul, que vous ont apporté vos études à l’Inalco, tant sur le plan professionnel que personnel ?

Ce que j’ai particulièrement apprécié à l’Inalco, ce sont les cours de civilisation, d’histoire et de culture chinoises, y compris la Chine ancienne. Être obligé de se plonger dans des textes, des légendes, des mythes, a été extrêmement stimulant.

Même les cours de géographie et de littérature ancienne sont restés très présents dans ma mémoire. Certains livres découverts à cette époque continuent d’alimenter mes projets photographiques actuels et futurs. Mon travail reste profondément lié à ces références accumulées pendant mes années d’études.


Si vous n’aviez qu’un conseil à donner aux étudiantes et étudiants de l’Inalco aujourd’hui, lequel serait-il ?

La langue seule ne suffit plus, d’autant plus avec l’arrivée de l’intelligence artificielle. Il est important de créer des synergies entre la langue et autre chose : une compétence, une pratique, une expérience de terrain.

Les expériences à l’étranger sont extrêmement enrichissantes, même si elles sont parfois difficiles à valoriser dans des cadres traditionnels. Il ne faut pas penser les parcours de manière binaire. On peut partir, revenir, repartir, ou rester mobile tout en entretenant les liens créés. Ces attaches peuvent devenir précieuses bien plus tard.


À noter

Laurent Hou est membre du studio Hans Lucas depuis 2019. Il présentera prochainement son travail photographique à Paris, à la galerie Hoang Beli, du 3 au 17 janvier, à l’occasion du lancement de son livre Réminiscences pékinoises. Le vernissage aura lieu le 8 janvier à 18h.

 

Commentaires0

Veuillez vous connecter pour lire ou ajouter un commentaire

Articles suggérés

Parcours d'alumni

Diplomatie, Moyen-Orient et relations internationales : entretien avec Patrice Paoli (Multipolaire – AAÉALO)

photo de profil d'un membre

LEA SAVARIEAU

11 décembre

Parcours d'alumni

Paul Boyer (1864–1949), pionnier des études slaves en France

photo de profil d'un membre

ALAIN SCHNEIDER

30 novembre

2

Parcours d'alumni

Intelligence artificielle, langage et souveraineté numérique : entretien avec Muriel Fabre (Multipolaire – AAEALO)

photo de profil d'un membre

LEA SAVARIEAU

13 novembre