Un diplomate raisonnablement non-conventionnel : le parcours d’Olivier Guyonvarch
Crédit: Consulat général de France à Londres
Cette rencontre s’est tenue à l’occasion du déjeuner des anciens élèves des Langues O’ à Londres, organisé par l’AAÉALO le mercredi 17 décembre 2025 au Shoryu Soho (Soho, Londres). Ce moment convivial, réunissant des alumni de l’Inalco, a permis d’échanger sur les parcours professionnels à l’international, les trajectoires atypiques et les différentes voies d’engagement au service de l’État.
À cette occasion, nous avons rencontré Olivier Guyonvarch, aujourd’hui Consul général de France à Londres, qui revient sur son itinéraire, des Langues O’ au cadre d’Orient, et sur une carrière mêlant terrain consulaire, administration centrale et enjeux de droit international.
Interview
Pouvez-vous revenir sur votre parcours et ce qui vous a conduit des Langues O’ à la diplomatie ?
Je ne sais pas très bien d’où vient mon attirance pour le chinois… Je plaisante parfois en disant que c’est Tintin et le Lotus bleu. Ce qui est sûr, c’est que j’ai rencontré la Chine assez tôt : premier voyage en 1988, puis un séjour à Taïwan en 1991-1992, où j’ai travaillé dans une entreprise locale.
À Paris, j’ai travaillé au “Phénix” (librairie spécialisée sur la Chine et l’Asie) pendant mes études. J’y ai rencontré un diplomate du cadre d’Orient venu acheter des livres. On a discuté… et ça m’a fait comprendre qu’une carrière au ministère pouvait être possible, même si je ne m’y destinais pas au départ.
Votre trajectoire est atypique : d’un BTS agricole à une carrière diplomatique. En quoi cela a été une force ?
J’ai un bac technique agricole et un BTS agricole : ce n’était pas le chemin “classique”. D’ailleurs un collègue m’a qualifié un jour de « diplomate raisonnablement non-conventionnel ». Je suis entré tard au ministère : à 30 ans, en catégorie B (secrétaire de chancellerie). J’ai connu plusieurs “étages” de l’administration, ce qui donne une approche très concrète du métier.
Le revers, c’est un décalage d’âge par rapport à certains collègues. Mais l’avantage, c’est une forme de modestie et un goût pour le terrain : j’aime travailler avec les gens, et accompagner des projets très concrets.
Qu’est-ce que vos études aux Langues O’ vous ont apporté de plus durable ?
La langue chinoise bien sûr, à travers laquelle j’ai développé une intimité avec la poésie Tang et Song, mais aussi une discipline de travail et une rigueur. Quand on apprend une langue exigeante, on acquiert une méthode. Et puis il y a l’ouverture : comprendre une société, ses codes, son histoire. Dans ce métier, ce n’est pas un “plus”, c’est un socle.
Quelles ont été vos premières fonctions au ministère ?
J’ai débuté à Paris à la direction des affaires budgétaires (1996-1998). Ensuite, j’ai été vice-consul à Wuhan – déjà - (1998-2001), au moment de l’ouverture (ou réouverture) du Consulat général de France.
Pourquoi Wuhan a-t-il été un poste aussi marquant ?
Ma première affectation à Wuhan a été une expérience fondatrice. Il y a aussi une dimension symbolique : je suis arrivé en septembre 1998, quasiment cent ans jour pour jour après Paul Claudel, qui avait été consul à Hankou.
Mais surtout, c’est un poste de terrain : on est au contact des Français, des autorités locales, des entreprises. On apprend vite la diplomatie “du réel”.
Vous avez ensuite passé les concours du cadre d’Orient. Comment s’est construite cette progression ?
Après Wuhan, j’ai réussi le concours de secrétaire des Affaires étrangères (cadre d’Orient), puis plus tard celui de conseiller. Entre les deux, j’ai alterné des postes à Paris et à l’étranger : je me suis occupé de la Chine (politique intérieure), puis je suis parti à Pékin comme conseiller de presse et de communication.
Ensuite, j’ai été numéro 2 à Singapour (2008-2012), avec un rôle important de management de l’ambassade.
Vous avez dirigé la sous-direction du droit de la mer, des fleuves et des pôles de 2012 à 2016. En quoi cela a-t-il compté ?
J’ai eu la chance de diriger la plus belle sous-direction du Quai d’Orsay, où j’ai pu travailler dnbas un cadre multilatéral en étant chef de délégation française dans plusieurs organisations internationales relevant de la protection des océans et des enjeux arctiques et antarctique.
Cela ne m’a pas “éloigné” de la Chine : j’ai beaucoup travaillé sur la mer de Chine et j’ai notamment monté le premier dialogue bilatéral sur le droit de la mer avec la Chine.
Vous dites aimer le terrain : comment cela se traduit-il concrètement ?
J’ai toujours travaillé très étroitement avec les entreprises françaises, pour les aider lorsqu’elles rencontraient des difficultés, et j’ai beaucoup circulé, y compris hors des grandes villes. J’aime la dimension concrète et humaine de la diplomatie. Je me considère comme un « diplomate-artisan »
Le consulaire, par exemple, c’est la vie des gens : état civil, passeports, cartes d’identité, visas… On voit directement l’impact.
Avez-vous un exemple de cet “impact” consulaire ?
Oui. À Wuhan, je me souviens d’une jeune femme qui souhaitait venir étudier en France. Elle ne parlait pas encore bien français, mais son projet était clair. Je lui ai donné sa chance. Un an plus tard, elle m’a écrit une lettre dans un excellent français : elle avait terminé son année de langue et poursuivait ses études. Ce genre de moment vous rappelle qu’on peut parfois avoir un impact positif et durable sur la vie des gens.
Quel conseil donneriez-vous aux étudiants et jeunes alumni qui souhaitent se diriger vers le cadre d’Orient ?
D’abord : avoir confiance et tenter. Ensuite : travailler sérieusement, sans impasse. La langue compte énormément, et surtout l’oral (souvent négligé). Il faut aussi une solide culture générale, et être très à l’aise sur les enjeux internationaux.
Et puis il y a un aspect très concret : la méthode et la présentation. Une copie structurée, lisible, avec un raisonnement clair, c’est essentiel.
À retenir
- Les parcours atypiques peuvent devenir de vrais atouts dans une carrière internationale.
- La formation “Langues O’” apporte méthode, rigueur et interculturalité : des compétences centrales pour le cadre d’Orient.
- Le métier se vit aussi dans le concret du terrain diplomatique et consulaire, au plus près des personnes et des projets.
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