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Jean Sauvaget (1901-1950) - Le maître trop tôt disparu

Histoire & mémoire

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01/07/2026


Né à Niort le 27 janvier 1901 dans une famille d’instituteurs, Jean Sauvaget appartient à cette génération d’orientalistes formés par les Langues O’ et par la Sorbonne, pour qui l’apprentissage des langues ouvrait directement sur le terrain, les archives, les monuments et l’histoire des sociétés. Très tôt venu à Paris pour poursuivre ses études, il apprend l’arabe, le persan et le turc, tout en se tournant vers l’histoire de l’Orient islamique. Régis Blachère, dans la notice qu’il lui consacre en 1950, insiste sur ses débuts difficiles, mais aussi sur son énergie, son humour et sa sollicitude envers les jeunes chercheurs. 

En 1924, Jean Sauvaget part pour Damas comme pensionnaire de l’Institut français. Il en devient le secrétaire général cinq ans plus tard. La Syrie devient alors le grand terrain de ses recherches. Loin d’un orientalisme de façade, il cherche à comprendre les villes, les monuments, les inscriptions et les structures historiques du monde musulman. Alep et Damas occupent une place centrale dans son œuvre. Ses travaux sur les monuments de Damas, sur la citadelle, les sanctuaires et surtout sur Alep font de lui l’un des grands spécialistes français de l’histoire urbaine du Proche-Orient. 

Sa thèse, Alep. Essai sur le développement d’une grande ville syrienne des origines au milieu du XIXe siècle, publiée en 1941, reste l’un de ses ouvrages majeurs. Régis Blachère y voyait un travail exceptionnel, marqué par la prudence de l’enquête, la précision des lectures, la rigueur de la méthode et une grande sobriété de style. À côté de cette œuvre sur Alep, Sauvaget publie aussi sur la mosquée omeyyade de Médine, les monuments de Damas, les routes syriennes, les décrets mamelouks et les historiens arabes. 

En 1937, il rentre en France et est élu directeur d’études à l’École pratique des hautes études, dans la chaire d’histoire de l’Orient islamique. Il enseigne également, selon les périodes, à l’École des Langues orientales, à l’École du Louvre et à l’Université de Paris. En 1946, le Collège de France lui ouvre ses portes : il y est élu à la chaire d’Histoire du monde arabe. Cette nomination vient consacrer une carrière déjà très dense, mais encore pleine de promesses. 

Ceux qui l’ont connu soulignent autant le savant que le maître. Blachère évoque sa capacité à découvrir des vocations, à former des chercheurs, à mettre les jeunes en confiance, grâce à une intelligence vive, une clarté d’exposition et une forme de malice qui réduisait la distance entre le professeur et ses élèves. Sauvaget n’était pas seulement un historien des textes et des monuments : il était aussi un passeur, soucieux de transmettre une méthode et une exigence. 

Sa vie personnelle fut marquée par des épreuves profondes. Très affecté par la mort de son épouse en 1947, il continue pourtant d’assurer ses enseignements, ses responsabilités scientifiques et le secrétariat du Journal asiatique, tout en élevant ses cinq enfants. La maladie l’emporte quelques années plus tard. Jean Sauvaget meurt à Cambo-les-Bains le 5 mars 1950, à seulement quarante-neuf ans. 

Sa disparition touche aussi le monde des Langues O’ et de l’AAÉALO. Lors du Conseil d’administration du 24 mars 1950, quelques semaines après sa mort, André Mirambel signale au Conseil le décès de Jean Sauvaget, ancien chargé de cours à l’École et ancien secrétaire adjoint de l’Association. Le Conseil décide alors de consacrer une page du Bulletin à sa mémoire.  Cette réaction dit bien la place qu’il occupait : celle d’un ancien des Langues O’, d’un savant reconnu, mais aussi d’un membre d’une communauté intellectuelle que l’Association cherchait précisément à maintenir vivante.

Mort trop tôt, Jean Sauvaget laisse une œuvre brève mais dense, qui a durablement marqué les études arabes, l’histoire de la Syrie et l’archéologie islamique. Son nom reste associé à une manière de travailler : aller aux sources, croiser les langues, les textes, les monuments et le terrain, sans céder aux effets faciles. Dans l’histoire des Langues O’, il incarne cette figure du chercheur complet, formé par les langues, éprouvé par le terrain, et devenu à son tour maître d’une génération.

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