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Il était une fois… l’AAÉALO — 1950–1951 : après Paul Boyer, continuer l’œuvre

Histoire & mémoire

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01/07/2026

Une disparition qui oblige à poursuivre autrement

Les années 1950–1951 s’ouvrent, pour l’AAÉALO, dans un moment de transition. Paul Boyer, figure majeure de l’Association et président d’honneur, n’est plus. Sa disparition est évoquée dès l’assemblée générale du 17 mai 1950, où le président rappelle avec émotion l’activité qu’il avait consacrée à l’Association.

Ce deuil n’est pas seulement celui d’un président d’honneur. Il touche une personnalité qui avait beaucoup compté dans la vie de l’Association, par son autorité morale, son réseau et son attachement durable aux Langues O’. L’AAÉALO se trouve ainsi devant une question simple, mais essentielle : comment continuer à faire vivre l’œuvre engagée lorsque l’une de ses grandes figures disparaît ?

La mémoire comme fil conducteur

Les procès-verbaux de 1950 et 1951 montrent que cette mémoire est immédiatement prise en charge par l’Association. En mars 1950, le Conseil d’administration prévoit notamment de consacrer une place à Paul Boyer dans le Bulletin et d’associer les membres à cet hommage. Lors de cette même séance, André Mirambel signale également la disparition de Jean Sauvaget, ancien chargé de cours à l’École et ancien secrétaire général adjoint de l’Association. Le Conseil décide alors de lui réserver, lui aussi, une notice dans le Bulletin. À travers ces deux hommages, l’AAÉALO affirme l’une de ses fonctions essentielles : conserver la trace de celles et ceux qui ont fait vivre les Langues O’, qu’ils aient été fondateurs, enseignants, anciens élèves ou serviteurs discrets de l’Association. 

Quelques mois plus tard, en décembre 1950, il est fait état du legs de 100 000 francs consenti par Paul Boyer à l’Association, signe supplémentaire de l’attachement qui le liait à celle-ci.

L’année suivante, l’assemblée générale du 25 mai 1951 rend également hommage à Madame Paul Boyer, qui avait accepté, peu avant son décès, de faire partie du comité d’honneur de l’Association. Dans le même mouvement, René Grousset est remercié pour avoir accepté de prendre la charge de président d’honneur, dans la continuité de Paul Boyer. La mémoire n’est donc pas figée : elle sert aussi à transmettre une responsabilité.

Un héritage testamentaire qui prolonge l’engagement

Les éléments réunis autour du testament de Paul Boyer permettent de compléter cette lecture. Ils montrent que l’attachement de Paul Boyer à l’Association ne s’arrête pas à sa disparition : il se prolonge jusque dans ses dernières volontés. Dans son testament de 1947, l’Association figure parmi les bénéficiaires d’un legs de 100 000 francs, destiné à créer un prix triennal portant le nom de Georges Boyer, « Mort pour la France » en 1916 sur le front d'Orient, et attribué à un élève de l’École des langues orientales.

Ce point donne une portée plus concrète à l’hommage rendu en 1950. Il ne s’agit pas seulement de saluer une grande figure de l’Association : Paul Boyer a aussi voulu inscrire son nom, et celui de sa famille, dans un dispositif durable de soutien aux élèves. L’héritage prend ainsi une double forme : une mémoire à entretenir et une aide à faire vivre.

Le testament éclaire également le choix des personnes appelées à veiller à ses volontés. Parmi les exécuteurs testamentaires apparaissent Léon Beaulieux, Louis Réau et Émile Gaspardone, trois personnalités étroitement liées aux Langues O’ et à l’environnement de l’Association. Beaulieux et Réau avaient eux-mêmes joué un rôle important dans la vie associative des années précédentes. Leur présence autour du testament montre combien Paul Boyer pensait encore son héritage à travers le cercle de l’École et de ses anciens.

Enfin, le décès de Madame Paul Boyer, en 1951, donne une dimension supplémentaire à cette séquence. Les archives indiquent qu’elle avait accepté, peu avant sa disparition, de faire partie du comité d’honneur de l’Association. Le passage de 1950 à 1951 apparaît donc comme un moment où se croisent plusieurs formes de transmission : le souvenir de Paul Boyer, la reconnaissance envers Madame Boyer, le legs financier, et la recherche d’une nouvelle figure de présidence d’honneur avec René Grousset.

Une association qui continue de fonctionner

Malgré ce contexte, les archives donnent l’image d’une Association qui tient son rythme. L’assemblée générale de 1950 examine le rapport moral, le rapport financier et l’élection du Conseil d’administration. Celle de 1951 reprend la même logique, avec un ordre du jour resserré autour du rapport sur l’exercice 1950 et des questions diverses.

Pierre-Eugène GilbertMarcel BelloyAndré BassetLa composition du bureau confirme cette continuité. En 1950, l’Association s’organise autour de Pierre-Eugène Gilbert à la présidence, d'André Basset et André Mirambel comme vice-présidents, de Jean Porcher au secrétariat général, de Maurice Belloy à la trésorerie, et de plusieurs secrétaires et trésoriers adjoints. En 1951, cette répartition est maintenue dans ses grandes lignes : l’Association ne se contente pas d’honorer ses anciens, elle assure aussi sa propre stabilité administrative.

Le Bulletin, outil de lien entre les anciens

Un autre sujet revient avec insistance : le Bulletin de l’Association. Les débats montrent qu’il ne s’agit pas seulement d’un support d’information. Plusieurs membres souhaitent en faire un véritable outil de lien entre les anciens élèves, presque un annuaire vivant, capable de donner des nouvelles, de faire circuler les noms, les parcours et les activités.

En 1950 comme en 1951, la question de sa forme, de sa périodicité, de son financement et même de la publicité qui pourrait y être insérée est discutée. Cette attention portée au Bulletin dit beaucoup de l’AAÉALO à ce moment-là : l’Association cherche à maintenir une communauté, à la rendre visible, et à éviter que les anciens élèves ne se dispersent dans le silence des années d’après-guerre.

La notice envisagée pour Jean Sauvaget montre d’ailleurs que le Bulletin n’est pas seulement un instrument administratif : il devient aussi un lieu de mémoire, où l’Association peut inscrire les parcours de ses membres et rappeler leur contribution aux études orientales.

Des aides et des projets concrets

Les conseils d’administration ne se limitent pas aux hommages et aux questions internes. Les documents de 1950 font apparaître des demandes d’aide, des arbitrages financiers, des projets de prix, de publications ou de manifestations. On y voit l’Association examiner des subventions, répondre à des sollicitations et chercher à soutenir des initiatives liées à l’École, aux étudiants ou aux études orientales.

Cette dimension est importante : l’AAÉALO n’est pas seulement un cercle de mémoire. Elle reste un lieu d’entraide, de sociabilité et d’action. Le dîner annuel, le récital du Trio Pasquier, les discussions autour des prix ou encore les projets liés au Bulletin témoignent d’une vie associative concrète, faite de réunions, de décisions, de recherches de financements et de rendez-vous partagés.

Une nouvelle étape pour l’AAÉALO

Les années 1950–1951 marquent ainsi moins une rupture qu’un passage de relais. Après le temps de la fondation, puis celui de la survie pendant la guerre et de la reconstruction immédiate, l’Association entre dans une phase plus institutionnelle.

Elle doit désormais durer sans s’appuyer sur une seule figure tutélaire. Elle le fait en s’organisant autour d’un bureau stable, en renforçant ses outils de communication, en entretenant la mémoire de ses anciens et en poursuivant ses actions de soutien.

Ce moment peut sembler discret dans les archives. Il est pourtant décisif. En 1950–1951, l’AAÉALO apprend à continuer : non pas en oubliant Paul Boyer, mais en transformant son souvenir, son legs et les liens qu’il avait tissés autour de l’École en point d’appui pour écrire la suite de son histoire.



Poursuivre la lecture :

 Qui était Paul Boyer, la figure tutélaire des Langues O et de l’AAÉALO ?


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